L’union africaine : 63 ans après, le chantier reste ouvert

Ce 25 mai 2026, l’Union Africaine célèbre les 63 ans de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), devenue, en 2002, l’Union Africaine (UA).

Mais la question que beaucoup d’Africains se posent est : Qu’a fait cette organisation continentale pour l’Afrique et les Africains en 63 ans ?

En 2063, l’Afrique célébrera 100 ans de naissance de l’OUA, et cette échéance correspondra à la fin de l’Agenda 2063 de l’Afrique que Nous Voulons.

Depuis la création de l’Organisation de l’Unité Africaine, en 1963, puis, l’adoption du Plan d’Action et de l’Acte Final de Lagos, 1981-2000, puis la transformation de l’Organisation de l’Unite Africaine en Union Africaine, en 2002, de l’Agenda 2063, en 2013, des programmes ambitieux ont été mis en place, avec des résultats extrêmement maigres.

A tel point que beaucoup d’Africains jugent cette organisation inefficace et peu crédible, tandis que d’autres la considère comme tout simplement inutile, tant l’Agenda de départ, celui de l’unité africaine, et d’aboutir à la création des Etats-Unis d’Afrique reste inachevé.

1963 : Kwame Nkrumah : « l’Afrique doit s’unir »

Dès la tentative de sa création, l’OUA fit apparaitre, au moins, trois lignes de fracture.

  1. La première était historique et séparait les Arabes blancs de leurs frères noirs.

  2. La deuxième, résidu de la colonisation, opposait les francophones et les anglophones.

  3. La troisième, récente, faisait s’affronter les « révolutionnaires » du groupe de Casablanca contre les « réformistes » du groupe de Monrovia.

Ils plaidaient avec le Guinéen Sékou Touré et le Ghanéen Kwame Nkrumah, pour la création d’un État fédéral africain, doté d’un gouvernement, d’un budget et d’une armée, contre les « réformistes » du groupe de Monrovia, où l’Ivoirien Felix Houphouët Boigny et le Malgache Tsiranana prêtaient la main à Léopold Sedar Senghor, pour maintenir le cap sur une Afrique des patries coopérant avec ses anciens colonisateurs.

D’autres incidents affectèrent le démarrage de l’organisation :

  • le roi du Maroc refusa de rejoindre ses pairs ; il ne supporta pas l’existence de la Mauritanie – à ses yeux, partie intégrante du royaume.

  • Le Togo fut exclu parce que son président venait d’être assassiné et que les numéros un ivoirien et guinéen refusaient de reconnaître son nouveau président, Nicolas Grunitzky.

Le savais-tu ?
Le nom « Organisation de l’Unité Africaine » (OUA) est né d’une proposition du Président ghanéen Kwame Nkrumah, auteur de l’ouvrage L’Afrique doit s’unir.
  • Plusieurs noms avaient été envisagés : Ligue Africaine, Organisation des États Africains
  • La Charte de l’OUA est signée dans la nuit du 25 au 26 mai 1963, à 1h du matin.
  • 30 Chefs d’État et de Gouvernement des nouveaux États indépendants signent l’Acte fondateur.
  • En 1964, il est décidé à Dakar de fixer le siège de l’OUA à Addis-Abeba.
  • Le Guinéen Diallo Telli Boubacar devient le premier Secrétaire général de l’OUA.

Dans la continuité des débats qui ont conduit à la création de l’Organisation de l’Unité Africaine, le Président Kwame Nkrumah présenta une vision audacieuse : faire de l’Afrique une union politique et économique intégrée. Il proposa alors un ensemble de principes directeurs destinés à structurer cette future Union des États africains :

  1. Une constitution commune, fondant un gouvernement d’Union doté d’un parlement continental bicaméral.

  2. Un programme industriel et économique unifié, comprenant :

    • un marché commun africain,

    • une monnaie unique,

    • une zone monétaire africaine,

    • une banque centrale africaine,

    • un système continental de communications.

  3. Un système commun de défense, garantissant la sécurité collective du continent.

  4. Une citoyenneté africaine commune, symbole d’un destin partagé.

Cette vision, présentée au moment même où l’OUA voyait le jour, illustrait l’ambition de Nkrumah : faire de l’unité politique et économique le moteur de la renaissance africaine.

1963-1980 : Des objectifs ambitieux, mais de faibles résultats

A la fin des années 1970, après l’enthousiasme des débuts, le bilan économique de la première décennie d’indépendance parut médiocre : forte inflation, déficits budgétaires et commerciaux, faible croissance, en plus des problèmes de contributions des Etats membres au budget de l’organisation. L’Afrique faisait le constat suivant :

« Le continent africain, après 20 ans d’indépendance politique de la plupart des pays, aborde la Décennie 1980-1990 dans un état de sous-développement, qui en fait le continent le moins développé de la terre, et auquel il a été réduit par plusieurs siècles de domination coloniale ».

Afrique vs Monde – Indicateurs de développement (≈1980)
Illustration du sous-développement structurel de l’Afrique après deux décennies d’indépendance.
Afrique
Monde
PIB / habitant (USD)
Afrique ≈ 700 $
Monde ≈ 2 500 $
Pauvreté extrême (%)
Afrique ≈ 60 %
Monde ≈ 30 %
Accès à l’électricité (%)
Afrique ≈ 23 %
Monde ≈ 60 %
Espérance de vie (années)
Afrique ≈ 50 ans
Monde ≈ 63 ans

 

1980 : Le Plan d’Action et l’Acte Final de Lagos (PAL/AFL)

En avril 1980, fut adopté, à Lagos, au Nigeria, le Plan d’action et l’Acte Final de Lagos (PAL), qui visait « l’auto-suffisance nationale et collective dans le domaine économique et social, en vue de l’instauration d’un nouvel ordre économique international ». Le PAL, établissait les objectifs et les priorités à court (1985), moyen (1990) et long terme (2000), aux niveaux national, régional et continental, pour un développement économique, social et culturel endogène, autocentré et auto-entretenu en Afrique.

L'Acte Final de Lagos (AFL) engageait les chefs d'Etat et de gouvernements à créer, à l’horizon 2000, une Communauté Economique Africaine des Etats africains. Le PAL faisait le choix d’une stratégie volontariste, basée sur le renforcement des économies locales, la souveraineté sur les ressources naturelles, l’autosuffisance alimentaire, l’essor de l’industrie et, surtout, la mobilisation des populations.

Parmi les mesures principales, la mise en œuvre d’une stratégie continentale en matière de transports et de communications et l’intensification des échanges commerciaux et financiers interafricains. Le PAL prévoyait également d’encourager le développement des nouvelles technologies et la formation, ainsi que l’industrialisation de l’Afrique, en proclamant que la décennie 1980-1990 serait la « Décennie du Développement Industriel de l’Afrique ».

Les résultats enregistrés par le PAL furent décevants, et pas à la hauteur des ambitions affichées, et dans tous les domaines.

2002 : Mouammar Kadhafi : Bâtissons les Etats-Unis d’Afrique

Face à ce bilan négatif, le Président Libyen, le Colonel Mouammar Kadhafi insistait auprès de ses pairs que cette organisation à bout de souffle, qu’était l’OUA, devrait être refondée et remplacée par une « Union pragmatique », avec l’ambition d’accélérer la création des « Etats-Unis d’Afrique », qu’il avait appelée de ses vœux.

Son slogan était : « La terre africaine aux Africains».

Le 9 juillet 2002, à Durban, en Afrique du Sud, les Chefs d’Etat et de Gouvernement d’Afrique remplaçaient cette organisation par l’Union Africaine. Les Chefs d’Etat africains venaient de se rendre compte de l’échec de l’OUA à réaliser le rêve de la création des Etats-Unis d’Afrique.

Depuis la création de l’Union Africaine, plusieurs programmes ont été adoptés, mais à ce jour, très peu de résultats.


Le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP)

Créé en 2003, et installé à Midrand, en Afrique du Sud, le MAEP se voulait être l’instrument d’auto-évaluation des pays de l’UA. Selon ses statuts, « la performance et les progrès » de ses membres seraient mesurés dans quatre domaines, à savoir :

  1. la démocratie et la gouvernance politique

  2. la gouvernance et la gestion économique

  3. la gouvernance d’entreprise

  4. le développement socio-économique

En 2026, environ 40 pays se sont prêtés à l’exercice d’évaluation. Le mécanisme a été victime de plusieurs facteurs dont notamment : le manque de ressources budgétaires pour financer sa mise en œuvre, les luttes internes au sein du secrétariat du MAEP et les affaires de mauvaise gestion financière. En plus, les populations africaines n’ont jamais vu l’utilité d’un tel mécanisme sur la gouvernance de leurs pays par les pouvoirs en place.

La mauvaise gouvernance politique et économique, la corruption, la crise de la démocratie, ont continué, sans que l’Union Africaine n’interpelle les Etats coupables.

Promouvoir l’agriculture pour assurer la sécurité alimentaire africaine

En 2003, à Maputo, la Conférence de l’Union africaine a résolu de mettre en œuvre le Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA) et les pays s’étaient engagés à allouer au moins 10 % de leurs ressources budgétaires nationales au développement agricole et rural. Cet indicateur permettait d’évaluer si les gouvernements africains sont assez engagés en faveur de l’amélioration de leur agriculture. Cet objectif est resté un vœu pieux et très peu de pays l’ont appliqué.

Dans l’ensemble, sur les 54 pays de l’Union Africaine, très peu de pays ont alloué 10% de leurs budgets nationaux à l’agriculture.

En 2026, 40% de la population africaine souffrent de l’insécurité alimentaire. Par conséquent, le Protocole de Maputo a échoué.

Promouvoir l’électrification de l’Afrique

Afrique : le lent progrès de l’électrification
Plus de 600 millions d’Africains sans électricité en 2026
Accès à l’électricité par région
< 20 %
20–50 %
> 50 %
Ouest
Centre
Est
Australe
2026 : plus de 600 millions d’Africains sans électricité.
Mission 300 vs réalité
Cible Mission 300
Réalité observée
2023
2025
2030
2040

L’énergie est un ingrédient essentiel pour le développement et la croissance économique. En 2026, plus de 600 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité. Dans beaucoup de pays africains, moins de 20% de la population ont accès à l`électricité. La Banque Mondiale a estimé que pour combler le déficit énergétique en Afrique, d`ici 2040, des investissements d`environ 60 milliards de dollars américains seront nécessaires pour la production, la transmission et la distribution d`électricité en Afrique. En 2023, la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement ont lancé l’Initiative Mission 300, visant à faciliter à 300 millions d’Africains d’avoir accès à l’électricité en 2030. La situation en 2025 montre très peu de progrès dans la mise en œuvre de cette initiative.

L’Agenda 2063 : De maigres résultats 12 après

En janvier 2013, l’Union Africaine adopta l’Agenda 2063 visant à faire de l’Afrique une puissance mondiale de l'avenir. Ce serait l’anniversaire de 100 ans après la création de l’OUA, le 25 mai 1963. Comme le décrit l’UA, « c’est le cadre stratégique du continent qui vise à atteindre son objectif de développement inclusif et durable. Il s’agit d’une manifestation concrète de la volonté panafricaine d’union, d’autodétermination, de liberté, de progrès et de prospérité collective poursuivie dans le cadre du panafricanisme et de la renaissance africaine ». Les rapports publiés sur la mise en œuvre de l'Agenda 2063 évaluant les progrès vers les objectifs du premier plan décennal, ont démontré que le Continent n’a enregistré qu’un faible taux de réalisation, ne dépassant pas 30% par rapport aux objectifs fixés.

Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAF)

En juillet 2019, était lancée la ZLECA. Cet ambitieux programme de l’Agenda 2063 de l‘Union Africaine avait pour objectif d’intégrer les 55 Etats de l’Union Africaine au sein d’une zone de libre-échange, grâce à son marché potentiel de 1,2 milliards de personnes, et permettre de générer un Produit Intérieur Brut (PIB) de 3.000 milliards de dollars et la création de 300.000 emplois directs et plus de 2 millions d’emplois indirects. Il viserait à accroitre le commerce intra-africain, de 15% en 2019 à 30% en 2030, et 50% en 2040. Malgré l’adoption de cet objectif, le commerce intra-africain reste faible, se situant toujours entre 15 et 18%.

Commerce intra-africain : objectif vs réalité
ZLECAf : de 15 % en 2019 à 30 % en 2030 et 50 % en 2040 – mais la réalité reste faible.
Évolution du commerce intra-africain (part des échanges totaux)
Objectif ZLECAf
Réalité observée (15–18 %)
2019
Objectif : 15 %
Réalité : ~15 %
2030
Objectif : 30 %
Réalité : 15–18 %
2040
Objectif : 50 %
Réalité projetée : 15–18 % (si tendance inchangée)
Malgré l’ambition de la ZLECAf d’accroître fortement le commerce intra-africain, celui-ci reste structurellement faible et plafonne autour de 15–18 % des échanges totaux.

Restaurer la Paix et la Stabilité en Afrique

Le Protocole de l’Union Africaine et du programme soutenu par l’Union Européenne prévoyait de « Faire taire les armes », et d’arrêter les conflits en Afrique, avant fin 2020. En 2026, la situation dans certaines régions d’Afrique reste préoccupante, et la paix n’est pas en vue. Dans des régions d’Afrique, des foyers de tensions se multiplient, au Sahel, en République Démocratique du Congo, au Tchad, au Cameroun, au Soudan, Soudan du Sud, en Libye, en Algérie, en Tunisie, Mozambique et ailleurs. Les perspectives de paix sont encore très lointaines. Ce qui est encore plus inquiétant est que l’Afrique continue à accroitre les dépenses militaires. En 2023, les dépenses militaires en Afrique ont fortement augmenté, atteignant 51,6 milliards de dollars (+22% sur un an). Les pays en situation de conflit armé ont tendance à consacrer une part beaucoup plus élevée de leur PIB (parfois plus de 4%) à la défense. Fin 2025, le nombre de réfugiés et déplacés intérieurs Africains est estimé à 45,7 millions de personnes, soit 3% de la population africaine.

Réaliser l’indépendance financière

L’Union Africaine est financée à 80% par des financements extérieurs, dont l’Union Européenne, sur les 800 millions de dollars du budget annuel.

Le bâtiment du siège a été fourni en cadeau par la Chine. Dans ce contexte, il est difficile d’atteindre une autonomie de décision sur la Vision de l’organisation, surtout, l’ambition finale de construire les Etats-Unis d’Afrique. 

Depuis 2016, l’Union Africaine avait entamé une réforme financière, visant, en particulier, à accroitre la contribution des Etats en vue de réduire la dépendance financière vis-à-vis des institutions internationales et pays partenaires. Il s’agissait de lever une taxe à hauteur de 0,2 %, sur les importations d’origine extra-africaines à partir du 1er janvier 2017, collecté par les Etats et reversé dans le cadre de leurs cotisations auprès des pays membres de l’organisation. L’objectif prévu était d’engager les Etats membres à financer 100% du budget de fonctionnement, 75% du budget-programme et 25% du budget des opérations de soutien à la paix. Cependant très peu d’Etats membres ont déployé ce mécanisme. Était également proposée la réduction du nombre de commissions, en vue de réduire les dépenses budgétaires du secrétariat. Malheureusement, ces réformes n’ont pas réussi, certains pays montrant une résistance à les appliquer. L’Organisation est encore dépendante des ressources financières extérieures, aussi bien pour le fonctionnement de la Commission que pour le financement des principaux programmes.

 CONCLUSION

Ce 63ème anniversaire devrait servir à l’institution de l’Union Africaine, de réfléchir sur les obstacles majeurs à la réalisation du rêve des pères fondateurs d’assurer l’unité de l’Afrique et, à terme, bâtir les Etats-Unis d’Afrique. Peut-être serait-il temps d’envisager une nouvelle réforme de l’institution, pour la rendre plus opérationnelle.

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